Trois principes guident chaque tableau, quel que soit le médium : la pureté de la couleur, la profondeur de la lumière, et la patience du geste.
Terres, oxydes et minéraux choisis pour leur pureté — une palette fidèle à celle des vieux maîtres, où chaque couleur porte encore la trace de son origine.
Des couches fines et transparentes, teintées d'ambre, superposées avec patience — la lumière traverse la matière et en ressort transformée, comme filtrée depuis l'intérieur du tableau.
Un support choisi pour sa stabilité et sa luminosité propre — hérité de la tradition flamande, le bois donne à la couleur une profondeur que la toile n'offre pas.
Certaines pièces sont peintes à même le métal, sans apprêt intermédiaire — une pratique rare, héritée des petits maîtres du XVIIe siècle, où la surface polie renvoie la lumière depuis le tableau lui-même et intensifie chaque reflet.
La technique la plus exigeante en temps : chaque glacis doit sécher avant d'accueillir le suivant, parfois pendant plusieurs jours. Cette lenteur imposée devient une méthode de travail — penser la lumière avant de la poser, construire la profondeur couche après couche plutôt que d'un seul geste. C'est aussi le médium du repentir : contrairement à l'aquarelle, l'huile pardonne l'hésitation, permet de reprendre, de creuser encore un peu plus loin un détail qui résiste.
Cette exigence, je la dois à l'observation patiente des maîtres flamands — Pieter Claesz, Johannes Vermeer — et à une conviction simple : la rapidité n'est pas la vertu de cet art-là. La peinture est un voyage, un micro-monde qu'on construit plutôt qu'on ne l'exécute.
Support : bois, toile et cuivre — Technique hollandaise : glacis
À l'inverse de l'huile, l'aquarelle ne pardonne pas l'hésitation : on travaille du clair au foncé, en réservant les blancs du papier plutôt qu'en les peignant. C'est un médium de l'instant, où l'eau elle-même participe à la composition — imprévisible, mais jamais tout à fait contrôlée. Les pigments sont mélangés directement au blanc d'œuf, qui sert de liant et permet, comme à l'huile, de superposer de véritables glacis.


Deux gestes se côtoient ici : pour certains tableaux, le pinceau disparaît complètement — la couleur est posée, pressée et étalée directement avec les doigts. Pour d'autres, c'est le pinceau qui reprend sa place habituelle. Le séchage rapide de l'acrylique impose dans les deux cas un geste franc et spontané — et, dans la série au doigt, la matière garde l'empreinte de la main, littéralement, dans une peinture plus instinctive que réfléchie.
Glacis que je nommerais « jus transparents », aussi appelés velatura — léger voile. Ils ouvrent un passage à la lumière, laissent voir la couleur qui se trouve dessous, tout en lui apportant une coloration. Les glacis ne servent pas à peindre, car pauvres en pigments ; ils unissent et accordent les tons en leur donnant une teinte générale.
C'est par le choix de ces couleurs, et par la manière de glacer, qu'on parvient à tenir dans l'obscurité les parties ombrées. C'est Le Corrège qui a le premier découvert cette théorie et l'a mise heureusement en pratique.
Il m'a fallu cinq années de macération — de l'ambre de la Baltique, dans une solution dont je garde le secret — pour obtenir ce que je cherchais : un ambre pur, limpide comme du miel. La patience, ici, aura été largement récompensée.
— Gilles Aguilera