Au fil des années, d'autres regards se sont posés sur ce travail — journalistes, analystes, collectionneurs. Quelques échos, ici, de ces rencontres.
Dans un article intitulé « La recherche de la perfection », la journaliste Stéphanie Portal consacre plusieurs pages à ce parcours singulier : celui d'un peintre venu à l'aquarelle en 2010, après vingt ans passés à l'huile dans le sillage de Pieter Claesz et de Johannes Vermeer — deux maîtres de la nature morte silencieuse dont l'influence se lit, dit-elle, jusque dans le style résolument hollandais de ces compositions.
L'article s'attarde longuement sur une curiosité de tous les instants : l'habitude, prise dès l'enfance, d'observer patiemment la construction lente des choses — la texture d'un fruit, un reflet fugace dans le verre ou la cruche. Cette attention au détail, écrit la journaliste, est le socle même d'une peinture qui cherche moins à être vue qu'à être ressentie : sentie, entendue, presque goûtée.
Elle décrit aussi une méthode peu commune, mise au point pour retrouver à l'aquarelle ce que l'huile permettait : l'ajout de blanc d'œuf comme liant, afin de pouvoir superposer de véritables glacis — un repentir que l'eau seule interdit. Le support choisi, un papier satiné, est l'un des plus difficiles à maîtriser : le pigment s'y dépose de façon inégale, obligeant à travailler les dégradés vite et avec sûreté.
Au fil de l'entretien, Stéphanie Portal relève un perfectionnisme assumé — « un éternel insatisfait », selon les mots mêmes du peintre — et un choix de sujet qui ne doit rien au hasard : la nature morte, jugée la plus exigeante de toutes, celle qui impose une parfaite connaissance des valeurs et un goût prononcé pour les clairs-obscurs et les ambiances feutrées. L'article se referme sur un portrait bref : né à Toulouse en 1967, autodidacte formé par son père et son oncle architecte, exposé en Italie, au Japon et au Luxembourg.
— Stéphanie Portal, Pratique des Arts (rubrique Aquarelle) Télécharger l'article (PDF)Dans un texte introductif consacré à deux œuvres, La Forge et En Otra Vida, un proche du peintre, collectionneur et fin observateur, revient sur ce qui selon lui fait le mérite d'une peinture : le talent conjugué à des convictions bien ancrées, une technique intemporelle mise au service d'un message fort, et un réalisme des objets et des situations qui invite le regardeur à participer à la scène plutôt qu'à la contempler de loin.
Il situe le travail de Gilles Aguilera dans une filiation choisie autant qu'héritée : les peintres caravagesques français, La Tour et les frères Le Nain, puis les grands noms du clair-obscur et de la nature morte — Le Corrège, Heda, Claesz, Vermeer, Chardin, Corot. La Forge, peinte à l'huile sur toile marouflée sur bois d'après le tableau des Le Nain, conserve selon lui intacte toute la puissance d'interpellation de l'œuvre originale.
Il évoque enfin En Otra Vida, composante de la série Artefact, peinture à l'huile sur bois magnifiée par des glacis à l'ambre — et y retrouve, écrit-il, les mêmes « mérites conjugués » : ceux d'un métier maîtrisé jusqu'au détail, mis cette fois au service d'une commande née d'une relation d'estime.
— AC, avant-propos Télécharger l'avant-propos (PDF)En Otra Vida appartient à la série Artefact. Une aiguière d'argent, une coupe de fruits et un verre de cristal — un modèle de la ligne « Bubbles » de la cristallerie Saint-Louis — reposent sur une nappe brodée d'un monogramme, choix qui n'a rien d'anodin pour l'auteur de cette étude. Il y voit un hommage discret aux brodeuses d'autrefois, et raconte comment ce détail a ravivé pour lui le souvenir d'une aïeule, brodeuse elle-même, et de tout un savoir-faire aujourd'hui disparu.
Il s'attarde longuement sur la draperie, sur l'harmonie d'une remarquable palette de gris qui relie entre eux tous les objets de la composition, et sur la manière dont la lumière, distribuée selon les plis du tissu, construit à elle seule une bonne part du récit du tableau — au point d'y voir, écrit-il, « un tableau dans le tableau ».
Le vernis, enfin, y est présenté comme une signature technique à part entière : un rendu proche de celui des vernis hollandais anciens, dont la formule à base d'ambre — comme celle, dit-on, du vernis de Stradivarius — n'a jamais pu être véritablement reconstituée par la chimie moderne.
L'étude rappelle aussi une règle que Gilles Aguilera s'impose scrupuleusement : ne jamais reproduire deux fois un même sujet, quitte à abandonner une composition déjà entamée si elle lui semble trop proche d'une œuvre précédente.
— Extrait d'une étude consacrée à l'œuvre En Otra Vida Télécharger l'étude complète (PDF)Au-delà des regards extérieurs, il y a la volonté de transmettre ce qu'un long cheminement a permis d'acquérir : la fascination pour les glacis des peintres flamands, notamment à l'ambre, dont l'histoire n'a laissé aucune trace de fabrication. De l'ambre de la Baltique a macéré cinq années durant dans une solution tenue secrète, jusqu'à obtenir un ambre pur, limpide comme du miel — un résultat qui, à lui seul, justifiait toute cette patience.
Le choix, aussi, d'un réalisme pur plutôt que des sujets abstraits ou contemporains — le goût du vrai et de l'authentique, même à contre-courant des tendances du moment — et la conviction qu'aucune technologie ne remplacera jamais ni le pinceau ni la conviction du peintre.
— Gilles Aguilera Télécharger le texte complet (PDF)Une analyse plus complète de l'œuvre de Gilles Aguilera, rédigée par l'analyste d'art Hubert d'Albas, est à lire sur la page Parcours.
Voir « Un regard extérieur »